Par Martin De Courcy

Thomas Bertrand-Hudon est né le 11 octobre 1996 à Mont-Saint-Hilaire. Selon une entrevue qu’il a accordée à 3DownNation, il jouait au baseball dans une ligue mineure lorsqu’il a commencé à s’intéresser au football en observant un entraînement se dérouler juste à côté de son terrain. Il s’est inscrit au football l’année suivante et joue au poste de porteur de ballon depuis l’âge de huit ans.
Conscient très tôt que la langue pouvait devenir un obstacle s’il voulait un jour évoluer aux États-Unis ou ailleurs au Canada, il a suivi des cours d’anglais pour se donner toutes les chances. Ce choix l’a mené à un collège anglophone, le Champlain College Lennoxville, où il a remporté un championnat provincial de football collégial aux côtés d’autres joueurs qui allaient eux aussi être repêchés dans la LCF, dont Michael Brodrique et Siriman Harrison Bagayogo.

Malgré ce parcours prometteur au niveau collégial québécois, l’intérêt des programmes universitaires américains est demeuré limité. Il a visité plusieurs camps de recrutement NCAA sur la côte est avec l’aide de l’ancien joueur de Kent State Yves Dossous, mais la plupart des établissements le projetaient au poste de secondeur, une position qu’il n’avait jamais jouée, et ne lui offraient qu’un statut de joueur autonome (walk-on), une option financièrement impossible pour lui. Il s’est donc engagé avec l’Université Carleton, en U Sports, et s’est même présenté en avance pour participer au programme d’entraînement hors saison des Ravens.
C’est à ce moment qu’un appel téléphonique a changé le cours de sa carrière. Yves Dossous l’a informé qu’un poste s’ouvrait à Delaware State et qu’une offre pourrait suivre un camp d’été. Bertrand-Hudon est allé demander la permission à l’entraîneur-chef de Carleton, Steve Sumarah, qui lui a donné sa bénédiction pour aller tenter sa chance aux États-Unis.
La dernière saison, un chapitre coiffé d’une bague de la coupe Grey
La saison 2025 restera la plus marquante de sa jeune carrière professionnelle. En sept matchs de saison régulière avec les Roughriders de la Saskatchewan, Bertrand-Hudon a couru le ballon à 34 reprises pour 166 verges et un touché, tout en ajoutant six réceptions pour 34 verges et un touché par la passe, son premier en carrière dans la LCF. Il a aussi contribué sur les unités spéciales avec six plaqués et un retour de botté d’envoi de 17 verges.

Dès le match d’ouverture de la saison contre Ottawa, il avait donné le ton avec 14 courses pour 57 verges, un sommet dans la rencontre, incluant un touché de six verges, dans une victoire de 31 à 26. Cette production a mené les Roughriders jusqu’à la finale de l’Ouest, puis jusqu’à la conquête de la 112e coupe Grey face aux Alouettes de Montréal. En décembre 2025, l’équipe a récompensé sa contribution en lui faisant signer une prolongation de contrat d’une saison, le gardant à Regina pour la campagne 2026.
Toute cette production a toutefois été obtenue dans l’ombre d’un des meilleurs porteurs de ballon de la ligue. Selon Dose.ca, Bertrand-Hudon évolue depuis son arrivée dans la LCF derrière le vétéran AJ Ouellette, et s’est néanmoins imposé comme le meilleur joueur québécois à ce poste grâce à sa constance. Sa capacité à demeurer productif malgré un rôle secondaire illustre à quel point il est devenu un complément fiable dans l’attaque des Roughriders.
Les portes qui se sont ouvertes, et celles qui sont restées fermées, au secondaire
Avant même son passage au collégial, le jeune Bertrand-Hudon, alors étudiant à l’École secondaire Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, rêvait déjà de la NCAA et ultimement de la NFL. Selon son profil de recrutement publié par NCSA, il a participé en janvier 2013 à un combine pour écoles préparatoires américaines tenu à Trois-Rivières. Cette performance lui a valu des invitations à visiter trois écoles préparatoires américaines, soit Hebron Academy, The Governor’s Academy et Vermont Academy.
Ces invitations n’ont toutefois pas débouché sur une offre de bourse universitaire directe. Comme mentionné plus haut, une fois rendu au niveau collégial, l’intérêt des programmes de football universitaire américain est demeuré limité, la majorité des recruteurs ne le voyant que comme un joueur autonome à un poste qu’il n’avait jamais occupé.
Une carrière NCAA marquée par la résilience
Bertrand-Hudon a évolué avec les Hornets de Delaware State de 2018 à 2022, une aventure amorcée sous le statut de recrue rachetée (redshirt), ce qui l’a gardé à l’écart des matchs lors de sa première année sur le campus pendant qu’il s’adaptait au calibre de jeu de la NCAA.
En 2019, sa première saison de jeu, il a été le meneur de son équipe au sol avec 508 verges et cinq touchés sur 111 courses en huit matchs, une production qui lui a valu le titre de recrue de la semaine dans la conférence MEAC après une sortie de 137 verges et un touché contre Norfolk State.
Les deux saisons suivantes ont été assombries par la pandémie et par une série de blessures majeures, soit une déchirure à l’épaule au printemps 2021 puis une rupture du tendon d’Achille à l’automne de la même année, deux chirurgies en moins d’un an qui l’ont limité à seulement huit matchs combinés entre 2020 et 2021.
De retour en santé pour sa dernière saison en 2022, il a accepté un rôle différent, acceptant même de bloquer comme demi offensif de type fullback sur certains jeux pour rester sur le terrain pendant qu’un jeune porteur de ballon s’établissait comme titulaire. Il a tout de même terminé troisième au chapitre des courses de son équipe avec 296 verges sur 75 courses en 11 matchs, et a partagé le sommet de l’équipe avec cinq touchés. Son dernier match en carrière, contre Campbell, a été le meilleur de sa saison avec 139 verges et un touché sur 28 courses.
Au total, sa carrière à Delaware State se résume à 239 courses pour 1016 verges et 10 touchés, avec 11 réceptions pour 51 verges, en 27 matchs disputés entre 2019 et 2022.
Dans ses propres mots
Interrogé par 3DownNation à l’approche du repêchage de la LCF 2023, Bertrand-Hudon est revenu sur les moments difficiles de son parcours universitaire. Sur la période où il a envisagé d’abandonner le football après ses blessures, il a confié avoir plutôt développé un attachement encore plus grand pour le sport, précisant qu’il se sentait bien entouré et que le football devenait son réconfort dans les moments sombres.
Sur son acceptation d’un rôle de blocage moins glamour lors de sa dernière saison, il a expliqué être allé voir ses entraîneurs simplement pour obtenir du temps de jeu, peu importe la tâche demandée, et avoir cru en ce que le personnel d’entraîneurs voulait accomplir avec lui.
Sur la façon dont il perçoit sa propre polyvalence en vue du niveau professionnel, il s’est décrit comme un arrière capable de jouer autant comme porteur de ballon que comme bloqueur, misant sur sa lecture de jeu en zone et sur sa capacité à bloquer.
Aucune déclaration publique d’un entraîneur de Delaware State ou des Roughriders n’a pu être répertoriée au moment de la publication de cet article.
Sources
- Wikipédia, « Thomas Bertrand-Hudon »
- Saskatchewan Roughriders, « Riders Extend National Running Back Thomas Bertrand-Hudon », riderville.com, 17 décembre 2025
- 620 CKRM, « The Train: Thomas Bertrand-Hudon re-signs with Saskatchewan Roughriders for 2026 CFL season », 17 décembre 2025
- CFL.ca, fiche de joueur de Thomas Bertrand-Hudon
- NCSA Sports, profil de recrutement de Thomas Bertrand-Hudon
- JC Abbott, « 2023 CFL Draft profiles: Delaware State RB Thomas Bertrand-Hudon carving out new role after injuries », 3DownNation, 23 avril 2023
- theScore, « Riders’ Bertrand-Hudon becomes 1st to wear Guardian Cap in regular-season game », 17 août 2024
- Delaware State University Athletics, fiche de joueur 2022, dsuhornets.com
- BGMSportsTrax, « Saskatchewan Roughriders re-sign running back Thomas Bertrand-Hudon », 17 décembre 2025
- Dose.ca, « Here are the top Quebec offensive players in the CFL », 22 mai 2026
Laisser un commentaire