NFL: Malcolm Bell au mini-camp des Browns de Cleveland

Le demi défensif montréalais reçoit une invitation au mini-camp partant des recrues de la NFL, au terme d’un parcours semé d’embûches que la pandémie n’a pas réussi à briser.

Il a failli tout perdre à cause d’une frontière fermée. En 2020, alors que Malcolm Bell jonglait avec plusieurs offres de bourses d’études de la Division 1, la COVID-19 a réduit ses options à néant en quelques semaines. Des programmes américains l’ont poliment remercié, préférant s’en tenir aux candidats qui pouvaient traverser la frontière sans complication. Pourtant, six ans plus tard, le natif de Montréal a accepté une invitation au mini-camp partant des recrues des Browns de Cleveland. Pour le football québécois, c’est une autre preuve que la voie vers la NFL, aussi tortueuse soit-elle, reste ouverte.

Lachine, le soccer et la révélation

Malcolm Bell grandit à Montréal, d’origines africaines, dans un environnement sportif où le soccer occupe d’abord toute la place. Comme tant d’autres jeunes issus du même univers culturel, il joue au ballon rond jusqu’à l’âge de 16 ans. C’est le football qui finit par l’emporter — et la manière dont il l’exprime est révélatrice : quand il a été sélectionné pour l’équipe provinciale de football avant de l’être en soccer, il a su faire son choix.

Ses premières années de football se déroulent au Collège Sainte-Anne, à Lachine, dans l’ouest de l’île de Montréal. Le football à Montréal, décrit-il lui-même, c’est un niveau différent : les gens jouent plus vite, sont plus physiques, et comme le terrain est plus petit, il faut frapper davantage. Carolina Panthers Ce creuset exigeant forge un joueur rugueux, instinctif, avec un bagage athlétique brut qui attire l’attention des dépisteurs canadiens.

Bell représente son équipe provinciale et l’équipe nationale canadienne des moins de 18 ans au Bol international de 2019. Carolina Panthers C’est là que les radars américains commencent à capter son signal.

La prep school et la pandémie

Pour maximiser ses chances de percer en Division 1, Bell franchit une étape que peu de joueurs québécois ont osé : il quitte le Québec pour aller terminer ses études secondaires à Clarkson Football North, une école préparatoire spécialisée en football établie à Mississauga, en Ontario, sous la direction de l’entraîneur Larry Jusdanis. Il voulait voir s’il pouvait « faire sa place » Carolina Panthers — une formulation qui dit tout de son état d’esprit à l’époque.

La stratégie fonctionne. Des offres de la Division 1 s’accumulent. Puis la pandémie frappe. Les programmes américains lui expliquent qu’ils allaient « prioriser les civils américains » en raison de l’incertitude entourant la frontière. Bell perd tout. Carolina Panthers

La bouée de sauvetage arrive sous la forme d’un appel téléphonique avec l’adjoint de UConn, Dennis Dottin-Carter. Bell ne connaissait ni l’école, ni le programme, ni même l’État du Connecticut. Quand il a cherché le nom de l’université en ligne, c’est le basketteur Kemba Walker qui est apparu en premier — et ça lui a suffi. Il a demandé à s’engager le jour même, refusant de risquer de perdre une autre opportunité. Carolina Panthers

UConn : quatre ans de construction

Bell arrive à Storrs en 2021, prend son année de redshirt, et amorce sa véritable carrière universitaire en 2022. En redshirt-recrue, il dispute 12 matchs dont neuf comme partant, accumule 39 plaqués dont 26 en solo et 1,5 pour des pertes de verges, avec six bris de passes — son meilleur bilan sur ces deux volets. Yardbarker L’un de ses faits d’armes les plus mémorables de cette saison : neuf plaqués, six en solo, un botté bloqué et trois bris de passes contre Ball State. Yardbarker

L’entraîneur des demis défensifs Dalton Hilliard est crédité par Bell pour l’avoir aidé à raffiner sa technique : « Avant, j’étais connu comme un joueur brut et athlétique, mais maintenant ma technique ne cesse de s’améliorer. Je commence à ressembler à un vrai demi de coin. » Carolina Panthers

Au total à UConn sur quatre saisons, Bell compile 94 plaqués défensifs, 13 bris de passes, quatre plaqués pour des pertes de verges et un échappé forcé en 34 matchs.

Michigan State : la saison décisive

À l’hiver 2025, après quatre années avec les Huskies, Bell entre dans le portail de transfert et choisit les Spartans de l’Université Michigan State pour sa saison de super senior. Le défi est considérable : intégrer un programme du Big Ten, l’une des conférences les plus compétitives du pays, en tant que joueur de cinquième année.

La réponse sur le terrain est solide. En 2025, Bell dispute 12 matchs dont 11 comme partant, et enregistre 33 plaqués défensifs, cinq plaqués pour des pertes de verges, quatre bris de passes et un sac du quart. Une campagne qui confirme son profil de partant de niveau FBS dans l’une des meilleures conférences du pays.

Un pro day qui convainc

En mars 2026, lors du pro day de Michigan State, Bell livre des mesures athlétiques qui renforcent son dossier. Mesurant 6 pieds 1 pouce et pesant 191 livres, avec des bras de 33 pouces — une envergure jugée exceptionnelle pour un demi de coin — il court le 40 verges officiellement dans les 4,50 secondes, bien que selon des sources citées par 3DownNation, plusieurs dépisteurs l’aient chronométré à 4,48 secondes. Son navette courte s’établit à 4,36 secondes et son trois-cônes à 7,13 secondes. Il complète le tableau avec 12 répétitions au développé couché, un saut vertical de 33,5 pouces et un saut en longueur de 10 pieds 1 pouce.

Cleveland l’invite à se montrer

Le 26 avril 2026, Malcolm Bell accepte une invitation au mini-camp partant des recrues des Browns de Cleveland. Il est important de distinguer cette invitation d’un contrat de joueur autonome : un mini-camp partant offre à des candidats en marge de la liste des 53 la possibilité de se faire valoir aux côtés des joueurs repêchés et des joueurs autonomes déjà sous contrat. La porte n’est pas garantie, mais elle est ouverte.

Bien que rare, plusieurs Canadiens ont su convertir ce type d’invitation en contrat NFL, notamment le quart-arrière Taylor Elgersma avec les Packers de Green Bay en 2025. Cat Scratch Reader Bell en est bien conscient. Lui qui a refusé d’attendre lors de son recrutement universitaire, lui qui a tout misé sur UConn plutôt que de rester sans programme, aborde Cleveland avec le même pragmatisme qu’il a toujours affiché : se présenter, travailler, et laisser le terrain parler.

Pour le Québec — dont la scène football produit de plus en plus de talents capables d’accéder aux plus hautes sphères — la présence de Bell dans un camp de la NFL est un signal fort. Le chemin depuis Lachine jusqu’à Cleveland n’est pas une ligne droite. C’est une leçon de résilience que Malcolm Bell n’a cessé d’écrire depuis ses débuts au Collège Sainte-Anne.

Sources : 3DownNation (Justin Dunk, 26 avril 2026) ; UConn Huskies Athletics (uconnhuskies.com, 21 octobre 2022) ; Michigan State Spartans Athletics (msuspartans.com) ; Yahoo Sports / Hartford Courant (25 octobre 2022)

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