
Il y a des parcours qui ne ressemblent à aucun autre. Ceux qui forcent le respect non pas par le talent brut à l’adolescence, mais par la patience, l’opiniâtreté, la capacité à se réinventer. Samuel Emilus est l’histoire d’un gamin de Montréal qui a choisi de croire en ses chances là où d’autres auraient déposé les armes. Quatre saisons dans la NCAA FBS, un repêchage dans la LCF, et une carrière professionnelle encore en plein essor. Retour sur un chemin peu commun.
LES FONDATIONS — COLLÈGE VANIER
Avant de fouler un terrain universitaire américain, Samuel Emilus a grandi dans le creuset du football québécois. Après l’école secondaire Curé-Antoine-Labelle, c’est au Collège Vanier, sous l’autorité du coach Pete Chryssomalis, qu’il prend véritablement son envol. En quelques saisons avec les Cheetahs du RSEQ, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 100 réceptions, 1 921 verges et 21 touchés en réception, auxquels s’ajoutent des responsabilités régulières comme botteur de retour. Des statistiques qui font rapidement tourner les têtes des recruteurs nord-américains.
« Samuel était un de ces joueurs qu’on ne voit pas souvent. Il s’améliorait chaque semaine, chaque année. Il était prêt bien avant d’avoir son billet pour les États-Unis. »
— Pete Chryssomalis, entraîneur-chef des Cheetahs de Vanier
Le site Canada Football Chat le recense comme le 4e meilleur espoir canadien à son niveau au moment de son recrutement. Ses coéquipiers à Vanier, dont Tyris Lebeau — qui le rejoindra également à UMass — témoignent d’un groupe soudé et d’une préparation sérieuse pour le grand saut.
LE GRAND SAUT — LE RECRUTEMENT NCAA
Le chemin vers la NCAA n’est jamais simple pour un athlète québécois. Il faut convaincre des programmes qui, pour la plupart, ignorent l’existence du football de CÉGEP. Emilus y arrive en combinant ses statistiques exceptionnelles, le réseau bâti par Vanier College au fil des années, et une recommandation solide de son entraîneur.
C’est l’Université du Massachusetts (UMass), programme FBS indépendant à l’époque, qui lui offre sa chance. Les Minutemen avaient des liens établis avec le football québécois et leur personnel de recrutement avait appris à faire confiance aux évaluations en provenance de Vanier. Emilus débarque à Amherst à l’automne 2018 avec un statut de recrue peu médiatisée, mais un potentiel bien identifié par le coaching staff. Sa signature s’accompagne de celle de plusieurs compatriotes : Tyris Lebeau, Arnold Mbembe et Darren Kyeremeh. Le Québec envoyait un véritable contingent chez les Minutemen.
LA CARRIÈRE NCAA — QUATRE SAISONS DE CONSTRUCTION
Samuel Emilus passe trois saisons à UMass (2018–2020), puis complète son admissibilité avec une saison de graduate transfer à Louisiana Tech en 2021. Au total : 30 matchs disputés en FBS, 77 réceptions, 910 verges et 10 touchés en réception.
Saison 2018 — UMass (6 matchs, 1 départ)
Dès sa saison recrue, Emilus démontre qu’il peut performer immédiatement au niveau FBS. En six matchs, il capte 15 passes pour 212 verges et 4 touchés, affichant une efficacité remarquable de 14,1 verges par réception. Sa capacité à créer après la prise de balle est déjà évidente.
Saison 2019 — UMass (12 matchs, 8 départs)
Il s’installe comme partant et voit son volume augmenter : 27 réceptions pour 273 verges et 2 touchés, à une moyenne de 10,1 verges par réception. Il termine troisième au sein de l’équipe pour les réceptions et les verges.
Saison 2020 — UMass (4 matchs, 4 départs)
La pandémie de COVID-19 réduit la saison à quatre matchs, mais Emilus en profite pour développer un nouveau rôle. Avec 17 réceptions pour 168 verges et 1 touché, il ajoute à son arsenal 3 retours de botté de dégagement pour 46 verges — une moyenne de 15,3 verges par retour qui lui vaut une place dans l’équipe d’étoiles All-Independent de Phil Steele à ce poste.
Saison 2021 — Louisiana Tech (8 matchs, 2 départs)
Pour sa dernière saison d’éligibilité, Emilus choisit Louisiana Tech en Conference USA. Il signe sa meilleure saison individuelle : 18 réceptions pour 257 verges et 3 touchés, soit 14,3 verges par réception. Une sortie NCAA en beauté qui l’installe idéalement pour le monde professionnel.

Sources : UMass Athletics, Louisiana Tech Athletics, Wikipedia.
COMMENT LE VOYAIENT LES EXPERTS
En entrant dans le processus de repêchage LCF 2022, Emilus s’était également déclaré admissible au repêchage NFL, décrochant une invitation au camp d’essai des Arizona Cardinals. Du côté de la LCF, le Bureau de dépistage le classe 11e meilleur prospect canadien dans sa liste finale d’avril 2022 — un classement qui tient compte de son gabarit (6’1, 195 lb), sa vitesse, sa capacité à courir des routes variées et sa polyvalence comme retourneur.
« J’aimais sa capacité à monter chercher le ballon, sa robustesse après la prise, sa taille et sa physicalité. Ce n’est pas un joueur qui disparaît dans les moments importants. »
— Jeremy O’Day, directeur général des Saskatchewan Roughriders (riderville.com, 2024)
Les observateurs du football canadien notent chez lui une intelligence de jeu rare pour un jeune receveur : il comprend vite les couvertures adverses et ajuste ses routes en conséquence — une qualité forgée à Vanier, où il était souvent la cible prioritaire.
LE PROFESSIONNEL — UNE ÉTOILE QUI MONTE À REGINA
Sélectionné au 1er tour, 7e au total, par les Saskatchewan Roughriders lors du repêchage LCF 2022, Emilus signe son contrat le 17 mai de la même année. Une blessure en préparation retarde ses débuts, mais il joue finalement 15 matchs réguliers en saison recrue : 10 réceptions pour 165 verges. Un premier pas prudent, mais la suite donne raison à ceux qui croyaient en lui.
La saison 2023 est celle de la confirmation. Partant d’entrée de jeu, Emilus explose avec 70 réceptions pour 1 097 verges. Lors du match local contre Winnipeg le 16 juin 2023, il égale un record de franchise avec 3 touchés en réception dans une même rencontre — dont ses tout premiers touchés professionnels. Il termine l’année avec une performance de 7 réceptions pour 137 verges et un touché contre Toronto en match ultime.

En 2025, malgré seulement 7 matchs en saison régulière, Emilus réserve sa meilleure prestation pour la plus grande scène : le 112e match de la Coupe Grey. Avec 10 réceptions sur 10 cibles pour 108 verges, il est impeccable dans le gain du 5e titre de l’histoire des Roughriders. Il reçoit le titre de Canadien le plus « outstanding » du match et prolonge son contrat de deux saisons dans la foulée.
Le jeune homme de Montréal est désormais l’un des receveurs canadiens les plus respectés du football professionnel. Son chemin — de Vanier College aux matchs de Coupe Grey — est une leçon d’ambition tranquille et de travail patient.
Sources : UMass Athletics • Louisiana Tech Athletics • Wikipedia • CFL.ca • Riderville.com • Canada Football Chat • CKRM 620
Laisser un commentaire