Steve Mboumoua : Du Lac Mégantic à… Alabama!

Le parcours inspirant d’un Québécois qui a conquis Alabama

L’histoire commence par un malentendu. En octobre 2016, un jeune immigrant camerounais de 12 ans arrive à Lac-Mégantic pour rejoindre sa mère, accompagné de son frère et sa sœur. Steve Mboumoua, surnommé « Le Chacal » pour ses exploits au soccer dans son pays natal, ne se doute pas que sa vie est sur le point de basculer.

Yannick Thibault, professeur d’éducation physique et entraîneur de football à la Polyvalente Montignac, repère immédiatement le physique imposant du nouvel arrivant lors d’une visite de l’école. Quand Thibault l’invite à jouer au football, Steve se présente avec des souliers de soccer et des protège-tibias. « C’est un petit malentendu qui a changé ma vie, mais je pense que Yannick savait ce qu’il faisait », raconte aujourd’hui le joueur.

Thibault se souvient parfaitement de cette première rencontre. « Steve devait faire environ six pieds et peser 190 livres. Dans ma tête, je me disais : ‘Il doit avoir 16 ou 17 ans.’ Quand sa mère m’a dit qu’il avait 12 ans, je n’y croyais pas. »

Les fondations à Lac-Mégantic

Le parcours de Steve à Montignac n’a pas été qu’une question d’athlétisme. Arrivant du Cameroun avec un système scolaire différent, il a été placé en adaptation scolaire et a dû rattraper son retard académique. Il a même fait une sixième année à la polyvalente.

Thibault n’a jamais transigé sur l’importance des études. « Il m’a dit de rester à l’école le plus possible; si l’école ne suit pas, malheureusement je ne peux pas jouer au football », se rappelle Steve. « Je ne savais pas dans quel monde je m’embarquais. Une chance que j’ai connu Yannick. Il m’a conseillé et épaulé. On a passé beaucoup de temps ensemble. »

Sur le terrain, Steve a dominé. Évoluant principalement comme porteur de ballon à l’attaque pendant ses cinq saisons avec les Béliers, il a été sélectionné pour Équipe Québec MU16 en 2019, remportant l’or et le trophée de joueur défensif du match. Il est devenu le deuxième joueur des Béliers à atteindre ce niveau d’excellence après Jean-Philippe Ménard en 2003. »

Il a tellement été dominant dans son passage à notre école, mais Steve est également un travailleur acharné », souligne Thibault. « Il a mis beaucoup d’efforts pour rattraper son bagage scolaire et c’est vraiment une fierté de le voir aujourd’hui. »

La transformation au CNDF

Au Campus Notre-Dame-de-Foy, Steve a connu une transformation majeure sous la direction de l’entraîneur-chef Marc-André Dion, qui l’a converti en ailier défensif. « La première fois que je l’ai vu avec Équipe Québec, il avait l’air d’un homme avec des enfants. Et encore aujourd’hui, c’est le cas. C’est assez incroyable », raconte Dion.

En 2022, lors de sa saison recrue, Steve a compilé 52 plaqués, neuf sacs du quart et une échappée provoquée, menant le CNDF en finale du Bol d’Or. « Steve est un jeune homme sérieux qui travaille fort », note Dion. « J’ai traversé une grande transition avec le football au CNDF. J’ai beaucoup appris et je me suis amélioré en tant que joueur de football pendant mon temps là-bas », confirme Steve.

L’été qui a tout changé

Le printemps 2023 marque le début d’une aventure extraordinaire. Jean Guillaume, consultant avec un vaste réseau de contacts aux États-Unis, est engagé par le CNDF pour identifier les joueurs ayant du potentiel NCAA. Steve est ciblé.

En juin 2023, il participe à deux méga-camps d’évaluation à Détroit et en Georgie. Dès la première journée, il reçoit des offres de bourses complètes de Penn State et du Minnesota. « Juste quand on est sorti de l’auto à Détroit, quelqu’un lui a demandé s’il était un secondeur extérieur dans la NFL. Il attire l’attention. Il est hors norme », se souvient Dion.

La semaine suivante, Steve et son coéquipier Thomas Gosselin, accompagnés de Dion, Thibault et Guillaume, entreprennent une tournée intensive de quatre camps en quatre jours dans trois États de la SEC : Tennessee, Auburn, Mississippi State et Alabama.

C’est au camp d’Alabama, parmi 460 joueurs de ligne, que l’histoire bascule. Steve est l’un des trois seulement à être invité dans le bureau de Nick Saban.

« Steve a réussi ce fait d’armes à son premier passage au camp d’Alabama et il y a un paquet d’excellents athlètes qui ne réussiront jamais à recevoir cette invitation », explique Dion, qui était tellement impressionné qu’il n’a même pas osé toucher Saban pour prendre une photo. « Rentrer dans le bureau de Nick Saban et s’asseoir à côté d’un des meilleurs entraîneurs aux États-Unis, ça change une vie », confie Steve.

L’effet est immédiat. Selon Sébastien Lévesque, recruteur qui a suivi le dossier, il était inédit que Saban fasse une offre seulement quatre jours après la visite d’un joueur. Nick Saban était le seul entraîneur-chef à avoir assisté personnellement aux exercices de Steve. L’offre d’Alabama a secoué le monde du recrutement, déclenchant un effet domino. Tennessee et Auburn ont fait des offres immédiatement après.

Steve a finalement accumulé 17 offres de bourses complètes, incluant Florida, Georgia, Penn State, Oregon, Mississippi State, Tennessee, Auburn, Boston College, Minnesota, Arizona State, South Florida, Memphis, Liberty et East Carolina. Du jamais vu pour un joueur québécois.

Le choix Alabama

Avant de finaliser leur offre, Alabama a demandé à voir un match complet. Nick Saban a regardé le match CNDF-Lennoxville avant de confirmer. Steve a reçu l’appel de Saban à l’automne 2023, à une heure précise qu’il ne pouvait pas manquer.

En octobre 2023, Steve visite Alabama pour assister à son premier match universitaire : Alabama contre Tennessee au Bryant-Denny Stadium devant plus de 100 000 spectateurs. « C’est sans doute la décision la plus difficile que j’ai dû prendre dans ma vie. Ceci dit, au moment où j’ai mis les pieds dans un stade rempli de plus de 100 000 supporteurs survoltés, mes doutes se sont dissipés : je devais me joindre à l’université de l’Alabama », explique-t-il.

Dion n’avait aucun doute sur le choix à faire. « Je lui ai dit que le plan A c’était Bama, le plan B c’était Bama et que le plan C c’était Bama! Quand le meilleur programme de football te recrute plus fort que les autres, tu y vas avec ça et tu leur fais confiance.

« Le 20 décembre 2023, au CNDF devant une délégation de 20 enseignants et entraîneurs de Montignac venus spécialement de Lac-Mégantic, Steve enfile la casquette rouge du Crimson Tide, devenant le premier Québécois de l’histoire à s’engager avec Alabama.

« C’est du jamais vu dans l’histoire du Québec, un joueur avec autant d’offres au niveau universitaire américain », souligne Thibault. « J’espère que ça pourra servir de modèle de persévérance pour tous nos jeunes. »

L’année de transition

Initialement membre de la classe 2024, Steve prend une décision mûrement réfléchie : passer une année au Southwest Mississippi Community College. « J’apprenais encore l’anglais. Je ne voulais pas aller à Alabama plus tôt et ne rien comprendre. Je veux y arriver prêt à compétitionner, prêt à jouer et à faire mon travail. J’ai compris que je devais prendre du recul pour revenir plus fort. C’était la décision la plus difficile. »

Cette année s’avère déterminante. Steve prend 30 livres, passant de 260 à 290 livres. En neuf matchs, il compile 46 plaqués, 4,5 sacs, sept plaqués pour pertes et trois échappées récupérées, s’imposant comme l’un des meilleurs joueurs défensifs de l’équipe. Il est classé troisième meilleur joueur JuCo au pays et troisième meilleur joueur de ligne défensive JuCo de la classe 2025 par 247Sports Composite.

Les débuts en Crimson Tide

Steve signe officiellement avec Alabama le 4 décembre 2024 et rejoint l’équipe comme étudiant-athlète de première année en décembre 2024 et janvier 2025, pesant maintenant 302 livres.

Le 13 septembre 2025, c’est le grand jour. Yannick Thibault est dans les gradins du Bryant-Denny Stadium avec la famille de Steve pour assister à ses débuts contre Eastern Illinois. Lors de sa première présence en fin de quatrième quart, le joueur de six pieds quatre pouces et 305 livres contourne immédiatement le bloqueur pour effectuer un plaqué avec une perte de six verges. « Je vais me rappeler de ce moment-là toute ma vie », confie Thibault. « Ses coéquipiers étaient très enthousiastes après le jeu. »

Steve joue huit jeux lors de ce match qu’Alabama remporte 73-0. Au total durant la saison 2025, son temps de jeu reste limité comme prévu pour un joueur de première année dans une rotation défensive profonde. Il accumule au moins deux plaqués dans les statistiques officielles, incluant une contribution lors du match contre Wisconsin.

En novembre 2025, Steve reçoit un honneur académique prestigieux en étant nommé l’un des trois Student-Athletes parmi les joueurs du Crimson Tide, témoignant de son engagement envers ses études, une promesse faite à Yannick Thibault des années auparavant.

La saison d’Alabama se termine avec un bilan de 11-4. Le Crimson Tide bat Oklahoma 34-24 au premier tour des séries éliminatoires avant de subir une défaite dévastatrice de 38-3 contre Indiana au Rose Bowl le 1er janvier 2026, marquant la fin de la deuxième saison de l’entraîneur-chef Kalen DeBoer.

Une opportunité en or pour 2026

L’intersaison 2025-2026 transforme radicalement les perspectives de Steve. Un exode massif de joueurs de ligne défensive via le portail de transfert ouvre des portes inattendues.

Les départs sont nombreux et significatifs. LT Overton et Tim Keenan III ont épuisé leur éligibilité, emportant avec eux une expérience précieuse. James Smith, un partant qui a joué 12 matchs en 2025 avec 26 plaqués et 2,5 sacs, choisit de transférer. Jordan Renaud, projeté comme partant pour 2026 avec 18 plaqués en 2025, fait de même. Keon Keeley et Kelby Collins rejoignent également d’autres programmes.

Cette refonte complète force Alabama à reconstruire sa ligne défensive. Le programme réagit en recrutant plusieurs joueurs via le portail, incluant Devan Thompkins d’USC, Terrance Green d’Oregon, Kedrick Bingley-Jones de Mississippi State, Caleb Smith de Washington et Desmond Umeozulu de South Carolina.

Avec London Simmons de la classe 2025 appelé à devenir partant au DT, et l’incertitude entourant la récupération de Jeremiah Beaman suite à une blessure, Steve se trouve dans une position beaucoup plus favorable qu’anticipé.

Marc-André Dion avait souligné un point crucial lors du recrutement : « Ce qui le rend exceptionnel c’est qu’il joue avec de la hargne, il court 4,7 secondes au test du 40 verges avec un gabarit impressionnant. Il a faim et il veut être le meilleur. Il coche toutes les cases. Il joue seulement ailier défensif depuis deux saisons et il lui reste à apprendre à peaufiner sa position. »

Cette observation prend tout son sens pour 2026. Avec une année complète dans le programme de force d’Alabama et l’encadrement technique du Crimson Tide, Steve dispose de tous les outils pour faire un bond significatif.

Les analystes projettent maintenant un rôle de rotation régulière avec 15 à 25 jeux par match, une augmentation considérable par rapport aux projections initiales. Sa capacité naturelle comme joueur two-gap et sa force contre la course en font un candidat idéal pour des rôles situationnels importants, particulièrement contre des équipes orientées course.

Plus ambitieux encore, Steve pourrait se battre pour un poste de partant au DT aux côtés de London Simmons. Les projections statistiques révisées le voient viser 40 à 50 plaqués, huit à dix plaqués pour pertes, et quatre à six sacs en 2026, dépassant largement les prévisions initiales.

Un modèle de persévérance

De Lac-Mégantic à Tuscaloosa, le parcours de Steve Mboumoua incarne la persévérance et le travail acharné. Arrivé au Québec sans parler français ni anglais, placé en adaptation scolaire, il a surmonté chaque obstacle avec détermination.

Jean Guillaume, le consultant qui a facilité son recrutement, résume bien l’importance de cette histoire. « Ça demande beaucoup d’efforts dans son recrutement, mais c’est une grande victoire pour le football québécois. Le meilleur football au pays se joue au Québec et Steve était le joueur le plus recruté au Canada. Il a une belle histoire parce qu’il est venu du Cameroun et on a facilité son intégration à travers le sport ici au Québec. »

Yannick Thibault, qui a découvert Steve il y a près de dix ans, n’imaginait jamais une telle trajectoire. « Je me disais qu’il serait bien possible de le voir un jour jouer dans la LCF, mais je n’avais jamais imaginé quelque chose d’aussi gros que le Crimson Tide de l’Alabama. »

À 20 ans, Steve Mboumoua n’a pas fini d’écrire son histoire. Avec les opportunités qui s’ouvrent pour 2026, le Québécois pourrait bien devenir un pilier de la défense d’Alabama et continuer d’inspirer une nouvelle génération de jeunes footballeurs québécois. Comme le dit si bien Thibault : « J’espère que ça pourra servir de modèle de persévérance pour tous nos jeunes. »

De « Le Chacal » de Lac-Mégantic au numéro 25 du Crimson Tide, Steve Mboumoua prouve qu’avec du travail, de la détermination et les bonnes personnes autour de soi, les rêves les plus fous peuvent devenir réalité.

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