
Le Prix Jon Cornish: Célébrer l’excellence canadienne
Créé en 2017 par les administrateurs Jim Mullin et L. David Dube, le trophée Jon Cornish honore annuellement le joueur canadien le plus remarquable évoluant au football universitaire américain (NCAA). Ce prix prestigieux porte le nom de Jon Cornish, natif de New Westminster en Colombie-Britannique, qui a brillamment marqué l’histoire du football.
Porteur de ballon exceptionnel à l’Université du Kansas où il détient toujours le record d’une saison avec 1 457 verges, Cornish a ensuite conquis la Ligue canadienne de football. Avec les Stampeders de Calgary, il a remporté trois prix du Canadien par excellence et le titre de joueur par excellence de la LCF en 2013, une saison couronnée par le prestigieux trophée Lou Marsh comme meilleur athlète canadien. Intronisé au Temple de la renommée du football canadien en 2019, son héritage inspire désormais une nouvelle génération.
Les pionniers québécois
Jusqu’à cette saison 2025, aucun joueur né au Québec n’avait remporté cet honneur. Les lauréats précédents incluent le quart-arrière Nathan Rourke d’Oakville (2017 et 2018), le porteur de ballon Chuba Hubbard de Sherwood Park en Alberta (2019), le receveur John Metchie III de Brampton (2020 et 2021), le porteur de ballon Chase Brown de London en Ontario (2022), le receveur Elic Ayomanor de Medicine Hat en Alberta (2023), et le quart-arrière Kurtis Rourke d’Oakville (2024).
Toutefois, les joueurs québécois ont commencé à se faire remarquer parmi les finalistes ces dernières années. En 2023, Geoffrey Cantin-Arku de Lévis a ouvert la voie en devenant le premier Québécois finaliste du trophée Jon Cornish. Secondeur à l’Université de Memphis, il a conclu sa saison senior avec 76 plaqués, 1,5 sacs du quart et quatre plaqués pour perte en 13 matchs, lui valant une mention honorable All-AAC.
L’année suivante, en 2024, Dariel Djabome de Longueuil est devenu le deuxième Québécois à figurer parmi les cinq finalistes du prix. Secondeur junior à Rutgers, Djabome a connu une saison exceptionnelle lors de sa première année comme partant, totalisant 102 plaqués (le premier joueur de Rutgers à franchir la barre des 100 plaqués depuis 2020), 7,5 plaqués pour perte et plusieurs sacs du quart. Sa performance lui a valu une sélection dans la troisième équipe d’étoiles du Big Ten par les médias. Son leadership vocal, son athlétisme et sa vision du jeu ont fait de lui une pièce maîtresse de la défense des Scarlet Knights, qui ont terminé avec une fiche de 7-5 et une invitation à un match d’après-saison. La même année, deux autres Montréalais ont reçu des mentions honorables : Rohan Jones, ailier rapproché à Montana State, et Nick Cenacle, receveur à Hawaï.
Cette représentation croissante des talents québécois au sein des finalistes illustre l’émergence d’une nouvelle génération de joueurs de la Belle Province sur la scène du football universitaire américain. Que Raymond et Djabome soient tous deux à Rutgers témoigne également de l’attrait du programme de Greg Schiano pour les joueurs canadiens.
Chuba Hubbard, lors de sa saison victorieuse de 2019 avec Oklahoma State, a dominé le football universitaire avec 2 094 verges au sol, menant toute la NCAA. Sa production explosive en a fait le premier choix au quatrième tour du repêchage de la NFL, et il évolue maintenant avec les Carolina Panthers.
Chase Brown, porteur de ballon d’Illinois en 2022, a cumulé 1 643 verges terrestres et 10 touchés, démontrant une polyvalence remarquable avec également 33 réceptions pour 278 verges. Il poursuit aujourd’hui sa carrière professionnelle chez les Bengals de Cincinnati.
Antwan Raymond : Des racines montréalaises à la gloire nationale
C’est sur les terrains de l’école secondaire Dalbé-Viau, dans le quartier de Lachine à Montréal, qu’Antwan Raymond a forgé ses premières armes. Évoluant avec les Aigles d’Or de la deuxième à la cinquième secondaire, il s’est développé dans un programme sportif reconnu pour transformer des vies. Dalbé-Viau, école de milieu défavorisé, a vu son taux de décrochage scolaire chez les garçons chuter de près de 40% grâce au sport.
Élevé par une mère monoparentale qui cumule deux emplois pour subvenir aux besoins de ses deux enfants, Raymond a puisé dans cette réalité la détermination qui le caractérise aujourd’hui. Entouré également de sa grand-mère, de ses oncles et tantes, il a appris la valeur du travail acharné et de la persévérance.
En 2023, Raymond franchit une étape décisive en rejoignant la Clearwater Academy International en Floride. Lors de sa dernière saison au secondaire, il accumule des statistiques éblouissantes : 1 884 verges sur 233 portées et 22 touchés. Lorsque son école annonce la fermeture de son programme de football, Raymond prend une décision audacieuse : après discussion avec sa mère, il se reclassifie dans la promotion 2024 pour rejoindre immédiatement Rutgers à l’été 2024.
Une saison 2025 mémorable
À sa deuxième année avec les Scarlet Knights, Raymond a explosé sur la scène du Big Ten, l’une des conférences les plus relevées du football universitaire américain. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et témoignent d’une domination rarement vue :
Statistiques de la saison régulière 2025 :
– 244 portées pour 1 241 verges (moyenne de 5,1 verges par course)
– 13 touchés au sol
– 18 réceptions pour 225 verges et 2 touchés par la passe
– 15 touchés au total
– Classement : 3e du Big Ten en verges au sol, 8e dans l’histoire du programme de Rutgers pour une saison
Sa performance la plus mémorable est survenue contre Maryland, où il a pulvérisé les défenses adverses avec 240 verges sur 41 portées et un touché, égalant un record d’école. À lui seul, il a accumulé 105 verges au quatrième quart, scellant la victoire 35-20 de Rutgers. Cette prestation lui a valu le titre de porteur de ballon de la semaine Doak Walker à l’échelle nationale.
Raymond a marqué au moins un touché dans 10 rencontres différentes et a dépassé la barre des 100 verges à quatre reprises. Il a terminé deuxième du Big Ten avec 122,2 verges polyvalentes par match.
Ces performances exceptionnelles lui ont valu une sélection parmi les 10 demi-finalistes du prix Doak Walker, remis au meilleur porteur de ballon de toute la NCAA. Il a également été nommé dans la deuxième équipe d’étoiles du Big Ten, tant par les entraîneurs que par les médias, tout en obtenant les honneurs académiques de la conférence.
Le 17 décembre 2025, Raymond a reçu le trophée Jon Cornish à l’unanimité du comité de sélection, devenant ainsi le premier joueur né au Québec à remporter cet honneur prestigieux et le troisième porteur de ballon canadien après Hubbard et Brown.
La fidélité dans un monde de transferts
Dans un paysage du football universitaire bouleversé par le portail des transferts, où les joueurs étoiles changent fréquemment d’institution en quête de meilleures opportunités ou d’arrangements financiers plus avantageux, Antwan Raymond a fait un choix remarquable. Le 3 janvier 2026, alors que le portail des transferts venait d’ouvrir ses portes, Raymond a annoncé sur les réseaux sociaux son retour à Rutgers pour la saison 2026 avec un message simple mais éloquent : « Unfinished Business » (mission inachevée).

Cette décision représente une victoire majeure pour l’entraîneur-chef Greg Schiano et son programme. Raymond aurait certainement eu de nombreux prétendants s’il avait choisi d’explorer ses options, mais il a privilégié la continuité et la loyauté envers l’équipe qui lui a fait confiance. Il rejoint ainsi son prédécesseur Kyle Monangai, qui avait également choisi de rester fidèle à Rutgers malgré les sirènes du portail.
Avec deux années d’éligibilité restantes, Raymond devient la pierre angulaire de l’attaque des Scarlet Knights pour 2026. Sa décision s’inscrit dans une tradition de stabilité chez les porteurs de ballon de Rutgers, alors que trois saisons consécutives ont vu un membre de cette position recevoir les honneurs All-Big Ten.
Raymond évolue entouré d’un solide contingent canadien à Rutgers, incluant le demi de sûreté Jett Elad (qui était également finaliste du prix Cornish), le secondeur Dariel Djabome et les joueurs de ligne défensive Djbril Abdou-Rahman et Farrell Gnagno. Ce groupe forme une famille loin de la maison, comme l’a exprimé Raymond lui-même : « C’est significatif, avec les autres Canadiens de cette équipe. Nous nous soutenons tous lorsque nous nous sentons loin de chez nous. »
Un avenir prometteur
À seulement 20 ans et avec son statut de véritable junior pour la saison 2026, Antwan Raymond représente l’un des espoirs les plus prometteurs du football québécois. Son parcours – des terrains de Dalbé-Viau aux stades du Big Ten – incarne la détermination et l’excellence.
Comme il l’a lui-même déclaré lors d’une entrevue accordée à La Presse : « J’ai toujours travaillé fort. J’ai toujours voulu travailler plus fort que les autres pour me démarquer. »
Sa trajectoire ouvre la voie à une nouvelle génération de joueurs québécois et prouve que les rêves de la NFL sont à portée de main pour ceux qui possèdent le talent et la ténacité nécessaires. Avec une autre saison comme celle de 2025, Raymond pourrait bien suivre les traces de Hubbard et Brown vers le football professionnel.
En attendant, le numéro 3 des Scarlet Knights continue d’écrire son histoire, un touché à la fois, portant fièrement les couleurs du Québec sur la plus grande scène du football universitaire américain.
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